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Paris 2024, arme de constructions massives ? Sylvère-Henry Cissé et Georgie Delaney

Sylvère-Henry Cissé est journaliste à Canal + et Président du Club Sport & Démocratie.

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Il y a un plus d’un an, quatre millions de personnes se retrouvaient dans la rue pour un moment fort et historique. Pour pousser collectivement un cri resté coincé dans la gorge : non au terrorisme, non à la barbarie. Cette journée montrait une France solidaire, dont le cœur battait enfin au diapason, mais toujours vulnérable face à la menace djihadiste. Ce mouvement animal, primal de se regrouper était vital pour libérer les émotions et exprimer le besoin d’être ensemble, comme dans une enceinte sportive. Ce 11 janvier 2015 montrait une certaine forme de résilience et formidable confession de notre attachement aux valeurs de la République.

Mais nous nous interrogeons toujours : que faire face au spectre de la terreur ? Comment réparer les fractures nationales ? Quelles solutions devons-nous trouver pour répondre aux inquiétudes de la jeunesse ? Comment faire afin que les territoires oubliés de la République entrevoient des lumières d’espoir ?

Au Club Sport & Démocratie, nous pensons que les aspirations légitimes des Français peuvent s’exprimer en partie à travers le mouvement sportif français qui participe chaque jour à la construction d’une citoyenneté. Il bâtit l’homme et la femme dans son rapport à la vie de la cité.

Et les promesses de Paris 2024 constituent une des réponses. Elles permettent de se projeter sur un avenir en apportant des solutions aux enjeux au centre des problématiques de la Ville.

Les J.O à Paris serait un formidable moyen de rassembler tous les enfants de notre pays sous une bannière unificatrice et de proposer l’articulation d’une vision d’avenir pour répondre aux défis transversaux d’exclusion, de territoire, de communautarisme exacerbé.

Pour nous en convaincre, nous devons apprendre de nos voisins anglais, touchés par la terrorisme le lendemain de l’attribution officielle des J.O 2012 à Londres. Georgie Delaney, la correspondante de Sport & Démocratie dans la capitale anglaise analyse la transformation de l’émotion en action et des bénéfices à long terme dans le quotidien sur les bords de la Tamise. Voici, un examen des effets de l’un des plus beaux événements au monde, qui je l’espère, redonnera un nouveau souffle à la candidature de Paris 2024.

 

Paris 2024, un remède anti-crise ?  Par Georgie Delaney

Membre du comité international de Sport & Démocratie.Fondatrice de TGO Green Energy Technology Gym

 Il y a 10 ans, je travaillais pour « Sport England », un organisme public chargé du développement du sport en Angleterre. Le 6 juillet 2005, avec l’ensemble des salariés, nous nous étions réunis pour écouter Jacques Rogge annoncer le futur organisateur des JO. « And the winner is … London ! » [« Et le gagnant est … Londres ! »]. La joie s’empara de nous, nous étions heureux et fiers que le CIO ait choisi cette belle ville et nous partîmes tous célébrer la nouvelle dans un pub.

Le lendemain fut néanmoins bien différent. Plus aucun métro ne marchait et je fus obligée de me rendre au travail à pieds. Très en retard et particulièrement énervée, j’appris cette désastreuse nouvelle auprès d’une de mes collègues : elle se présenta couverte de suie et choquée. Une bombe venait d’exploser dans le métro.

Londres venait de subir la plus grave attaque terroriste de son histoire depuis la Seconde Guerre Mondiale.

Quelques minutes après, une deuxième bombe explosa dans un bus, à quelques mètres de nos bureaux, à Tavistock square.

Et malgré tout, nous nous en sommes sortis. 7 ans plus tard, nous avons accueilli le plus grand évènement sportif du monde, les Jeux Olympiques d’été. Ont-ils rendu le pays meilleur ? L’expérience olympique a-t-elle apporté amélioration et progrès à la société ?

Clairement, les JO ont permis une restructuration et une transformation complète de certaines zones. L’Est, qui avait très mauvaise réputation, où se mêlait délinquance et précarité, est rapidement devenu un endroit agréable à vivre. L’emploi y est reparti et la sécurité a été renforcée. Stratford est maintenant l’un des meilleurs parcs de Londres et l’ensemble de ses infrastructures sportives a été rénové. Tout cela a profité à tous, des plus démunies aux classes moyennes du quartier.

D’après l’Université East of London, ces changements n’ont pas seulement été réalisés dans l’optique des jeux. La Thames Gateway, région regroupant tout l’Est de Londres, a grandement profité du soutien du fonds européen de développement économique et régional et de l’aide au développement public Britannique.

Cependant, les JO ont permis une accélération de l’aide, des travaux et du développement urbain. Sans eux, rien n’aurait pu être fait avant plusieurs décennies.Les habitants continuent d’ailleurs à profiter de ces soutiens, 3 ans après les JO, d’après Cofely, le bailleur chargé de la gestion des infrastructures sportives.

Sur l’ensemble des salariés de cette société, 71% vivent dans la région, sur la Thames Gateway. Environ 25% étaient d’anciens chômeurs. Cofely a même mis en place deux programmes de formation chargés d’améliorer les compétences individuelles sur le marché du travail et de lutter contre le chômage de longue durée. De même, beaucoup de choses sont faites pour faciliter l’emploi des femmes.

En 2012, je vivais à Greenwich et je me souviens, qu’avant les Jeux, j’avais peur que des attentats terroristes se reproduisent. Mais tout cela n’était qu’une impression.

Les chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur montrent que l’insécurité en Angleterre a atteint son plus bas niveau depuis 1997. La baisse est continue depuis cette période, et ce malgré l’attaque de 2007.

Les Jeux ont mêmes renforcé un sentiment de sécurité par la multiplication des exercices des forces de police et par l’aide du gouvernement. On a compté seulement 9 arrestations durant les JO et les délits ont baissé de 5%. C’était l’une des périodes les plus tranquilles de l’histoire Londonienne !

En tant qu’habitante de Greenwich, je ne peux que confirmer ces chiffres. La fraternité et la solidarité étaient prégnantes dans le quartier, je ne comptais plus les bars ouverts sur les rues, les retransmissions des compétitions accueillants des individus de tous les milieux et de tous les horizons. Des gens qui ne se seraient jamais rencontrés avant.

L’ambiance était tout simplement fantastique.

 

Les JO 2012 avaient pour volonté de booster la pratique sportive, de pousser toute une génération à faire du sport. Cet objectif a quasiment été atteint, d’après une étude de la prestigieuse London School of Economics. D’après cette dernière, la pratique quotidienne du sport a augmenté de 4% et les établissements scolaires ont ajouté 2h hebdomadaire d’enseignement sportif.

Il est certes trop tôt pour le dire mais je suis persuadée que les jeux ont contribué à un changement des mentalités.

Ma propre entreprise, « The Great Outdoor Gym », a directement été financée par le fond d’investissement mis en place pour les JO. Grâce à cela, nous avons pu construire 70 terrains d’entraînements en plein-air, appelée les « adiZones », avec l’aide de la marque Adidas. Cela a fourni aux populations locales de nombreuses infrastructures sportives gratuites et accessibles.

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui prouve que les jeux sont un accélérateur de changement, un moyen extraordinaire de stimuler des projets et un accélérateur d’innovation.

Une étude indépendante, menée par l’agence Nielson, prouve que l’organisation des jeux a permis :

– une augmentation significative de la pratique sportive ;

– une mobilisation des collectivités territoriales dans l’organisation d’événements alternatives durant toute la durée de la compétition ;

– un engagement soutenu des plus jeunes.

La réussite sportive de certaines athlètes Britanniques, telle que Jess Ennis, a contribué à améliorer l’image des femmes dans le sport et à lancer un mouvement de dénonciation contre toutes les formes de sexisme moderne.

Lorsque Jess Ennis a remporté la médaille d’or en heptathlon, elle est apparue en page 3 de la des tabloïds Anglais, au côté de la fameuse photo topless. La plupart des Britanniques ont été choqué d’une telle comparaison. Cet événement a amené un débat sur l’équité et l’égalité des sexes outre-Manche.

Le traitement accordé à la gente féminine n’était pas le même. Il fallait que les choses changent. Depuis le Sun a annoncé sa volonté de retirer de son édition la photo topless.

Selon la BBC, les jeux Olympiques ont rapporté près de 9.9 milliards de £ à l’économie Anglaise. Si l’on considère que le coût des JO a été de 8,9 milliards, cela fait 1 milliard de bénéfice sur seulement 2 semaines de compétition.

En tant que citoyenne Britannique, je peux l’affirmer avec force : les Jeux Olympiques de Londres m’ont fait très bonne impression. Il fallait qu’on arrête de penser au terrorisme, aux pensées négatives pour se concentrer sur l’humain. Ces effets sont très difficiles à mesurer, bien évidemment. Mais nous avons tout de même des résultats tangibles.

Les quartiers les plus défavorisées de Londres ont été transformés. Les politiques et les gouvernements se sont tournés vers le sport et l’ont placé au rang qu’il aurait toujours dû avoir, parmi les premiers. La pratique sportive s’est intensifiée et l’image du sport s’est améliorée. Des athlètes comme Jess Ennis ont participé à cette révolution. L’image véhiculée par les médias a changé, les modèles d’équités et de respects sont dorénavant mis en exergue.

Globalement, les jeux ont contribué à forger un sentiment d’unité collective. Nous nous sommes tous tournés derrière un même idéal, derrière un même objectif. Et il a été atteint.

 

Traduction

Pierre Rondeau

Membre du comité scientifique de Sport & Démocratie.

Professur d’économie à l’IUT de Montreuil et chargé de cours à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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