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Édito Du 11 Octobre 2013 Par Éric Giacometti

Par Eric Giacometti, ex chef de service au Parisien et auteur de thrillers

Eric-Giacometti

Imaginez-vous assis dans un bistrot. Le garçon vous présente le menu du jour avec un air grave, limite inquiet. En entrée : pâté au sang frais, mi-cuit de chien écrasé, lardons découpés dans leur graisse recuite. Plat principal : bouillabaisse au plomb, filet de bar à la syrienne avec sa moutarde gazée. Dégouté, vous filez au troquet d’en face. Hélas, c’est le même menu.

Voila un peu la sensation que j’éprouve, certains jours, en suivant l’actualité. J’ingurgite un peu trop d’infos indigestes.

 

Je caricature… Mais j’ai l’impression que le « Tour du malheur » (pour reprendre le titre d’une œuvre du grand Kessel) devient le lot commun de l’actu. Et pourtant, je connais les règles du jeu médiatique, j’ai travaillé pendant quinze ans au Parisien. Je ne rêve pas d’une info tout en rose, reflet d’un monde imaginé par des communicants en mal de créativité.

La France traverse une crise économique majeure, la vie des citoyens se dégrade et il faut en parler.

Oui aux enquêtes et aux révélations qui bousculent les intérêts et ébranler les égoïsmes. Mais non, l’information « mainstream » ne peut pas être uniquement une marche quotidienne dans la vallée planétaire des larmes, des ombres et de la mort. 

Étonnez-vous après que le pays du bon vivre soit devenu le champion européen de la consommation d’antidépresseurs…

Je caricature… Mais le noir et le gris comme couleurs dominantes de l’actu ça plombe le moral.  Juste une touche de couleur ce serait pas mal dans le tableau. Genre la news qui redonne envie de croire dans le genre humain ou dans l’avenir de notre bonne vieille terre. Une info optimiste insérée dans la première partie du JT, donc considérée comme prioritaire, et pas un sujet prétexte façon défilé de mode diffusé après le tunnel standard : horreurs à Damas, disparition d’enfants, meurtres sur la Canebière, braquages de bijoutier, déraillements de train, avenir sombre de la zone euro, dette des Etats, licenciements massifs, hausse des impôts et du chômage, etc. Sans oublier les sujets aussi désopilants que répétitifs sur les roms ou l’islam radical. Sujets, certes passionnants, mais qui sont en passe devenir l’alpha et l’omega de la pensée politique.

J’y pense tout d’un coup, même les mannequins du défilé font la gueule.

Je caricature, je sais…

Curieusement, dans la crise sidérurgique que traverse le journalisme, les experts incriminent le rouleau compresseur du web, mais ne s’interrogent jamais sur la composition du menu de l’info.  Pourquoi de plus en plus de gens ont-ils du mal à se réveiller chaque matin avec une grosse pelletée d’infos poisseuses sur la « gueule ». Pourquoi le soir, après une journée de travail bien remplie, préfèrent-ils se balader chez Hanouna ou zapper les grandes orgues du JT pour Plus belle la vie ? En quoi l’actualité « mainstream » est-elle vraiment la représentation de la réalité ?

Ce débat existe dans les rédactions depuis longtemps, et hélas il se réduit à des guerres de position larvées. D’un côté, ceux qui veulent des sujets « moins anxiogènes » et de l’autre, les méfiants qui freinent pour ne pas se compromettre avec de l’info « bisounours ». Résultat, les seules visions de bonheur (un gros mot, pardon) se trouvent désormais dans les pubs. Pubs qui deviennent de plus en plus niaiseuses, car elles sont censées colorer la noirceur de l’actualité. Et oui, il ne faut pas désespérer le consommateur et l’annonceur. On n’en sort pas.

Je caricature, je sais… Alors, comme beaucoup, et parce que je ne suis pas maso je prends les chemins de traverse de l’information. Après le 20 heures j’écoute la petite musique insolente du Petit Journal. Là au moins, je retrouve le sourire, acide certes, mais le sourire quand même. Je zappe et je vais sur internet et je m’aperçois que le menu est plus… varié.

Je découvre UpNews et ça me redonne la pêche. L’idée est excellente. Un peu d’optimisme, de douceur dans ce monde bien rude. Avec ce site, je quitte un instant la vallée des larmes et ça fait du bien. Mais alors, ça fait vraiment du bien. Comme quand on se retrouve pour un bon dîner entre potes et que l’on oublie la grisaille parisienne autour d’une bonne bouteille. Eric Angioletti et Isabelle Bourdet, les créateurs d’UpNews nous proposent des petits plats savoureux sur la table de l’info. Idéal à déguster en complément-le mot est important-de votre JT, radio ou quotidien favori.

Histoire de varier le menu.

 

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