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Édito Du 13 Décembre 2013 Par Isabelle Thomas

Isabelle Thomas est journaliste et styliste personnelle. Son blog : www.modepersonnelle.com. Également coauteur des best-seller You’re So French / Éditions de La Martinière

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L’habit des autres fait aussi mon bonheur

 

À en croire Yves Saint Laurent, on ne peut répondre que par l’affirmative :
« Je ne suis pas un couturier, je suis un artisan, un fabricant de bonheur, disait-il. Quand on se sent bien dans un vêtement, tout peut arriver. Un bon vêtement, c’est un passeport pour le bonheur ». Ça tombe bien, le rose est la couleur officielle du manteau de l’hiver 2013-2014. Suffirait-il de (bien) s’habiller pour voir la vie en rose ?

Ce serait trop simple. Tant mieux…

Même si on a le droit de se lover dans la tendance, il est tout aussi plaisant (et plus gratifiant) de chercher le style qui nous ressemble et nous met en valeur. C’est parfois davantage une histoire de personnalité que de morphologie. Voire de mental. Se vêtir n’est sûrement pas un acte superficiel. C’est même un excellent baromètre de notre moral. Si on va mal, on ne s’habille plus. On vit dans le noir, on choisit du sombre, du sans surprise. On veut s’oublier et se faire oublier. Dès que l’on se sent mieux, inconsciemment, les couleurs reviennent. Pas seulement sur les joues.

En tant que styliste personnelle – et heureuse propriétaire d’une penderie bien fournie – j’ai la chance de mesurer le pouvoir du vêtement. Il en dit long sur nous, exprime ce que nous souhaitons dévoiler et quel message nous faisons passer aux autres. Il nous protège, nous porte et nous met en confiance. Avant un rendez-vous important, enfiler le bon costume ou la bonne paire de talons contribue de façon subtile à nous sentir plus fort, plus irrésistible, plus joyeux. Tout le monde en a fait l’expérience : tout est plus facile lorsque nous adaptons notre dress code à notre humeur et aux circonstances. A l’inverse, si on se trompe de cintre, on peut être malheureux toute la journée.

Etre bien dans ses pompes et son jean demande un minimum d’investissement. Je ne parle pas tant d’argent que d’apprentissage du plaisir. Le plaisir de se faire du bien, d’être soi, de trouver sa singularité, de donner des couleurs à un hiver difficile, de s’entendre dire « quelle bonne mine tu as » grâce à une écharpe qui claque, une robe bien choisie… Prêter de l’attention à ce que l’on porte ne prend guère plus de temps que d’attraper ses vêtements à la va-vite. Et puis le plaisir de s’habiller vient en s’habillant. A moins d’être contraint par l’uniforme, les propositions actuelles sont si vastes que chacun a à sa disposition des outils pour développer sa créativité. Bien sûr, on peut éprouver de la culpabilité à passer du temps à s’occuper de soi et de son apparence. Pourtant, les personnes les plus narcissiques ou égocentrées ne sont pas forcément celles qui se préoccupent le plus de leur penderie. Le vêtement n’est-il pas une forme de courtoisie ?

Dans le métro gris et anonyme, lorsque je croise une personne qui a la bonne idée d’éclairer le wagon avec une jolie tenue, j’ai envie de la remercier pour ce moment de joie. L’habit des autres fait aussi mon bonheur !

 

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