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Édito Du 20 Décembre 2013 Par Paul Lefèvre

Paul Lefèvre est chroniqueur judiciaire sur W9/Planète Justice

Paul-Lefevre

A la veille de Noël, le célèbre journaliste judiciaire délaisse les affaires criminelles et nous offre un peu de poésie !

La leçon d’Albert

 

Puisque j’ai un peu de place, je vais vous parler d’Albert. Il occupe une bonne place dans ma vie mais il ne le sait pas. D’ailleurs, il ne sait pas grand chose, Albert, il ne sait même pas qu’il s’appelle Albert. Cela ne l’empêche pas de vivre, ni même de m’aider à vivre. Nous nous voyons quasiment tous les jours, sauf lorsque je pars dans un autre coin du monde, sauf lorsqu’il disparaît quelques jours sans fournir la moindre explication. Là, à l’instant, il vient d’arriver et s’active sans me prêter la moindre attention.

 

Albert ne sait pas qu’il est un merle, un merle noir au bec jaune, et qu’il picore sur ma terrasse. Sans doute pense-t-il qu’il est sur SA terrasse. Il sent que la forme étrange à la tête bizarre, derrière la fenêtre, n’est pas hostile car elle ne se déplace que pour chasser les pigeons qui laissent de mauvaises traces sur les lattes de bois. Lui, Albert, préfère picorer les graines de la pelouse et chercher les petits vers qui sont d’un goût exquis. Albert n’en a aucune idée mais il est, en quelque sorte, le philosophe qui conduit ma vie. Lorsque la pluie tombe à verse, il ne s’énerve pas, il va s’abriter dans le grand marronnier et attend que ça passe. Puis il revient et respire la terre mouillée à grandes goulées. En parlant de ça, Albert a compris depuis longtemps qu’il reste toujours de l’eau dans les bacs à fleurs, il vient chaque soir s’en prendre des lampées comme si c’était une bière fraiche.

 

Ainsi, en observant mon copain aux plumes lustrées, je m’apprends le calme, je repousse le stress et je me pardonne ma gourmandise pour toutes les choses qui me font du bien. Lorsque la tête semble crouler sous les ennuis que j’appelle autrement, la vison d’Albert sautillant de l’olivier au sapin, ignorant que le monde tourne au milieu des promesses et des mensonges, protégé des lacrymogènes par les touffes de fougères, cette vision me rappelle que la vie se déroule aussi par de petits moments qui font oublier les grandes peurs. Albert me rappelle que je vis, assez bien pour le voir, assez longtemps pour partager sa saison. Lui n’en n’aura qu’une, il s’en moque, il la déguste. Je devrais en faire autant …

 

Tiens, un autre merle qui se pose près du rosier, plus grand, plus fin … non, c’est une merlette … Albert est amoureux… et si je l’étais aussi ?…

 

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