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Édito Du 22 Novembre 2013 Par Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre est journaliste, ancien chef du service économique de TF1, son blog :www.jeanmarc-sylvestre.com

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Quand on demande aux français, comment ils vont, eux personnellement,la plupart répond:«Moi ? Je me débrouille, ça pourrait être mieux mais on fait avec !!» Les français  sont pessimistes pour les autres  et pour le pays ,mais pour eux, ils sont plutôt optimistes.

« Les français sont découragés » disait récemment  Valéry Giscard d’Estaing … et l’ancien Président de la République de répondre du tac au tac, avec son humour grinçant : « Les français sont découragés, mais c’est normal, nous avons un Président décourageant…» qui serait prêt à aggraver le moral pour le plaisir d’un bon mot.

Alors comment être positif ? Comment ne pas sombrer dans la fatalité du déclin? L’ensemble de la classe politique spécule aujourd’hui sur des solutions politiques. Un remaniement gouvernemental, une dissolution. Bref tout balayer et essayer de retrouver une nouvelle légitimité. Possible ! Sauf qu’on retomberait dans les débats politiciens, les luttes intestines aux partis politiques pour l’accès au pouvoir. Des formes de cohabitation qui ajouteraient du chaos au chaos. Dans la mesure où aucune personnalité capable de porter un effort de redressement et de dépasser les corporatismes qui paralysent  n’émerge, les solutions politiques paraissent vouées à l’échec.  Certains expliquent que ce n’est pas les politiques au pouvoir qu’il faut changer mais la politique qu’ils conduisent qu’il faut revoir. Évidemment mais comment changer de cap sans changer les pilotes, sans perdre définitivement toute crédibilité…

Il y a donc assez peu de solutions sauf à admettre et ca c’est très important que dans l’histoire, la crise, la vraie, la dure, a souvent rendu intelligents les gens de pouvoir. Sauf à penser que la crise rend l’opinion publique capable d’entendre un langage de vérité… Des larmes, du sang et de la sueur,François Hollande ne peut plus jouer les Churchill.

Depuis le début de la crise, en 2008. Le système économique mondial a toujours su échapper à la catastrophe. Notamment par deux fois… La première fois, en octobre 2008 quand il a fallu restaurer la confiance dans le système bancaire complètement fracassé. Les chefs d’États du monde entier ont réussi à se mettre d’accord en très peu de temps sur un ensemble de garanties capables de sécuriser le système financier. Donc c’est possible.

La deuxième fois quand l’Europe a signé des accords pour éviter l’explosion pour cause de Grèce, d’Italie et d’Espagne en difficultés. Fin 2011, on a enfin mis en place en Europe des dispositifs d’alerte et de correction pour éviter les incendies. La France et l’Allemagne ont réussi à s’entendre sur un minimum de solidarité. On a même réussi à s’entendre sur une banque centrale qui s’est mise à fonctionner comme les autres banques centrales. Ce jour-là, il y avait assez peu de place à la querelle idéologique, c’est le pragmatisme qui a permis de sauver la construction européenne.. Personne ne le regrette aujourd’hui. Donc la encore c’était possible.

Le traité a été révisé. François Hollande qui avait beaucoup menacé de le rejeter pendant la campagne, l’a accepté et l’a fait ratifier. Les faits sont têtus, les chiffres ne mentent pas. La crise rend intelligent dès qu’elle est assez grave pour mettre en jeu, la survie d’un peuple ou d’une nation. L’histoire, rendra peut être justice à cette poignée d’hommes d’Etats et chefs de gouvernements qui ont sauvé le système. Les opinions publiques ont été ingrates. Ils ont tous été balayés par le suffrage universel. Tous, sauf Angela Merkel qui a survécu brillamment. Décidément, l’Allemagne n’aura jamais fait comme les autres. Même sa démocratie ne fonctionne pas à la démagogie.

Au-delà de ces réactions de survie collectives dont l’histoire nous a souvent gratifié, il y a aussi des réactions individuelles, égoïstes. L’instinct de survie des nations et des gouvernants à ses limites. L’instinct de survie des hommes en a beaucoup moins.

Aujourd’hui, en France beaucoup souffrent de difficultés et parfois même de la misère. Mais beaucoup aussi s’arrangent avec le systéme  ou avec la loi. Les Espagnols ont fait jouer les solidarités familiales, les Italiens ont réactivé les réseaux. Quant aux Français les plus démunis, ils se raccrochent aux générosités du modèle social. Ils basculent dans le black pour échapper en partie à la pression fiscale. D’autres, parce qu’ils le peuvent, s’expatrient là où la fiscalité est plus soft ou tout simplement là où ils peuvent travailler. Les jeunes diplômes, les bac +7, les très riches et les retraités. On s’arrange. On se débrouille. On s’en sort.

Dans un de ses films, le réalisateur américain Spielberg fait donner à un de ses personnages un cours de management d’entreprise. Le film, c’est « catch me if You Can ». Dans la pénombre d’une salle de conférence, Di Caprio écoute ébahi un professeur raconter l’histoire de deux petites souris.

«  Deux petites souris tombent dans un seau plein de crème. La première désespérée se laisse mourir immédiatement. La seconde refuse ce destin funeste et se débat. Elle se débat tant et tant qu’elle transforme la crème en beurre…et ainsi elle sort du seau.  Je vous propose, dit le prof, d’appartenir à la famille de la deuxième petite souris. »

Les chefs d’entreprise sont de cette espèce-là.

PS. Tout va bien (enfin presque) est le titre d’un livre écrit avec Olivier Pastré et publie chez Fayard en 2013.

 

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