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“Entrons dans une autre manière de vivre “par Sophie Peters

Sophie Peters est journaliste, présentatrice  de  l’émission “Libre Antenne” sur Europe1 le week end, et auteur “Du Plaisir d’être soi”, aux Editions François Bourin

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Entre les drames dont nous informent les actualités et un mal être lancinant chez beaucoup, la tentation est grande parfois de se dire “c’était mieux avant”. Mais ce serait voir le verre à moitié vide.

Dans les sociétés précédentes où prévalaient des règles d’appartenance au groupe bien définies, voire écrasantes, le plaisir d’être soi n’était pas non plus pourtant si facile puisqu’il fallait sans cesse se conformer aux normes. En apparence cette “servitude volontaire” paraissait plus simple, à condition de se soumettre. Aujourd’hui, nous avons la formidable liberté de nous inventer, au prix parfois d’une immense “fatigue d’être soi”, pour reprendre la formule du sociologue Alain Erhenberg. Car cette énergivore invention de soi exige à tout le moins de s’autoriser à devenir pour être et à lâcher les censeurs intérieurs de tous ordres pour faire nos apprentissages de vie avec bienveillance et lucidité.

Certes, nos histoires de vie n’ont jamais été aussi mouvementées. Chômage, divorce, maladie deviennent presque des passages évidents. Nous avons perdu tous les rituels qui jalonnaient nos existences. Mais nous y avons gagné plus d’indépendance et d’autonomie au prix d’un fort sentiment d’insécurité. Avec un paradoxe de taille : les progrès de la technologie et de la médecine ne nous autorisent plus à supporter l’incertitude fondamentale de la vie et nous cherchons par tous les moyens à ignorer ce qui nous effraye si fort. Jamais nous n’avons autant aspiré à la sécurité.

Le seul fait de considérer que rien n’est figé, que notre réussite, notre santé, l’amour qu’on nous porte reposent sur des bases instables nous procure une irrépressible anxiété. Dans cet océan d’incertitudes, nos vulnérabilités deviennent de réels dangers…ou de bienveillantes opportunités. Dans une époque où le sens ne nous est plus donné par des rituels auxquels se conformer , nous sommes invités à donner du sens à nos actions, à être responsable face à ce que nous pouvons changer et à accepter ce que nous ne pouvons éviter. “L’acceptation de la réalité est une tâche sans fin” disait le grand psychiatre Winicott. L’époque n’en est donc pas moins passionnante puisque plus libres nous sommes confrontés au fait de devoir nous inventer et de nous élever en conscience. Pas simple et parfois extrêmement douloureux pour beaucoup d’entre nous. C’est peut-être cette situation de désarroi et de détresse qui nous crée, plus impérieusement que jamais, le devoir de ne pas baisser les bras.

Car quelqu’un qui traverse une épreuve ne s’adapte pas à la situation mais se transforme lui-même. Une épreuve se traduit toujours par un effondrement de nos valeurs, de nos croyances sur la vie. Notre enjeu est alors d’entrer dans une autre manière de vivre. De trouver de nouvelles raisons de vivre. Et c’est au coeur même de notre précarité que nous pouvons développer des forces et des ressources qui vont éclairer notre quotidien d’un jour nouveau. Et de considérer le verre à moitié plein plutôt que le verre à moitié vide. Car « c’est notre façon de voir les choses qui fait du monde un enfer ou un paradis » soulignait le philosophe américain Emerson

La seule source réelle d’apaisement n’est, ni le confort matériel, ni la hauteur de nos murs, ni même l’amour de nos proches. C’est le sentiment profond du lien avec soi-même, l’ancrage intérieur en de fortes convictions, l’existence en soi d’un dialogue, d’un espace et d’une vie intérieure.

 

Sophie Péters

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