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L’édito de Giulia Foïs:Ces grands fous qui croient à l ‘amour…

Giulia FOÏS est journaliste .Elle anime tous les jours l’émission “Point G comme Gulia “sur la radio Le Mouv,’est aussi le titre de son livre qui sort actuellement.Vous pouvez la rejoindre sur https://www.facebook.com/PointGiulia?fref=ts. 9782259222433Ils disent qu’ils n’aiment pas l’amour, mais ils écoutent « Point G ». Tous les jours, ou presque. Ils disent qu’ils n’y croient plus, qu’ils ont été déçus, qu’ils ont pris une baffe, une fois… Alors pour eux, non, merci, c’est fini. Affranchis des contes de fées, vaccinés volontaires contre leurs violons, définitivement allergiques à leur guimauve, ils laissent la candeur aux autres. Dans la vraie vie, l’amour, ça ne marche pas. Point barre. Eux, auditeurs sceptiques (et néanmoins étrangement assidus), jouent les porte-voix d’une société qu’on dit désespérément cynique. Enfants du divorce, ils dénoncent chaque fois que possible les arnaques marketing du marché de la rencontre, et ses mascarades afférentes : comédies romantiques, chansons d’amour, mariages, tous dans le même sac – poubelle, si possible. Ils répètent à l’envie que « l’amour dure trois ans », refrain entonné par un ex-publicitaire devenu romancier, ayant eu, entre autres talents, la faculté de résumer en une seule formule prête-à-penser les conclusions d’une nouvelle discipline qu’on tous s’est mis à adorer : la biologie des passions. A peine né, l’amour serait déjà condamné. La faute à l’individualisme, à la société de consommation, tout autant qu’aux hormones : les sentiments ne valent pas mieux qu’un kleenex. Alors pourquoi y aller ? En tous cas, eux n’y vont plus. Ou alors juste d’une oreille. Parce que malgré tout, presque malgré eux, ils aiment entendre battre le cœur de ce Point G, et toutes ces voix qui le font vibrer. Ceux qui racontent leurs rêves, leurs envies d’amour, tous les soirs à l’antenne. Ceux qui déroulent leur belle histoire d’amour. Eve qui n’aimait que les grands ; David qui n’aimait pas les rondes ; Eve et David qui auraient du se quitter au petit matin, et qui sont toujours ensemble, six ans plus tard. Jérémie et Nicolas, liés aujourd’hui par les liens sacrés d’un gommage au hasard d’un hammam. Marc et Kaoutar, qui, après trois semaines d’échanges virtuels sur internet, et un baiser tremblant dans le Roissy Bus, ont fini par se dire « oui ». Pour la vie ? On n’en sait rien. Marc et Kaoutar l’espèrent, très fort. Comme la grande majorité d’entre nous, en réalité… Tous ces grands fous qui y croient encore. Naïfs, peut-être. Candides, un peu. Amoureux. On a beau dire, on beau faire, l’amour résiste, à tout. Il est aujourd’hui le deuxième ingrédient nécessaire au bonheur individuel, pour l’ensemble des européens, juste derrière la santé (1). La morosité ambiante n’a pas eu raison de lui, au contraire : le couple est le seul endroit où il semble faire encore chaud. On veut un couple solide, durable… Fidèle, surtout : pour 84% des français, c’est une condition sine qua non à la réussite d’une histoire (2). Une valeur en hausse, confirmée enquête après enquête, n’en déplaise aux sites de rencontres extra-conjugales dont les campagnes publicitaires envahissent les murs ou les écrans depuis un an ou deux : les médias en raffolent, pas nous. Et les chiffres du divorce, certes en augmentation, ne nous effraient pas plus que ça : le nombre de mariages conclu chaque année décline doucement, sûrement, mais il reste la modalité de vie à deux préférée des français (3). Parce qu’il engage, parce qu’il rassure, parce que son pouvoir symbolique, et sa dose nécessaire de romantisme n’ont eux, pas diminué d’un iota. En témoigne la belle volonté, inébranlable, des personnes du même sexe d’avoir le droit, eux aussi, de se passer la bague au doigt. Le mariage s’est ouvert à tous il y a douze mois. Certaines blessures ont encore du mal à se refermer. Mais le séisme provoqué par cette bataille, à la fois politique et sociétale, nous disait aussi cela, entre les lignes : le mariage, on y tient – tant pis s’il dure trois ans… On veut pouvoir s’aimer, on veut pouvoir se le dire, et le dire au monde entier. Oui, les contes de fées, on y croit. Selon la dernière enquête publiée par le psychiatre et anthropologue Philippe Brenot (4), 24% des femmes croient au prince charmant ; 55% d’entre elles pensent l’avoir rencontré ; 45% des hommes sont persuadés d’en être un. Bien sûr, ça peut faire sourire… Mais, au fond, ça fait surtout envie. Et moi, ça me réjouis. Parce que l’amour reste un langage universel, notre plus petit dénominateur commun, à une époque où l’on se clive, où l’on se déchire, où l’on se replie trop souvent sur soi, pour mieux exclure l’Autre et le Différent. Parce que l’amour reste, avouons-le, ce qui nous fait le plus sûrement nous lever le matin – voire nous coucher le soir. A deux. Et qu’à deux, à défaut d’être toujours simple, toujours beau, toujours follement excitant… C’est quand même mieux. Au fond d’eux, ils le savent. Même eux. Surtout eux. (1) Eurobaromètre, printemps 2012. (2) Enquêtes « Valeurs », juillet 2013. (3) Ifop, 2012. (4) « Un jour mon prince », ed. Les Arènes, avril 2014

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