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Tout savoir sur le film du vivre ensemble « Nous Tous » : interview de Pierre Pirard

Pierre Pirard, réalisateur du film

Le film « Nous tous » est sorti il y a quelques jours sur YouTube en partenariat avec Pepsnews . Ce documentaire porte un regard nouveau sur notre diversité et nos différences en vue de bâtir un monde viable reposant sur la paix, la solidarité et l’harmonie. Son réalisateur dépeint des histoires toutes plus incroyables les unes que les autres. Il a filmé pendant des semaines des personnes liées par l’envie de partager et de créer des communautés multi-culturelles. 

Pierre Pirard, nous a accordé une interview sans détour et franche sur le monde qui nous entoure et sur le message qu’il souhaite faire passer à travers ce film. 

 

-Comment vous est venue l’idée de ce film ?

J’ai été enseignant pendant une période de ma vie, à Molenbeek. C’est un quartier populaire de Bruxelles où il y a une majorité de Maghrébins. Et je me suis rendu compte que les habitants n’avaient pas d’interactions avec ceux d’autres quartiers. Les communautés vivent repliées sur elles-mêmes, avec beaucoup d’a priori les uns sur les autres. Le 22 mars 2016, j’étais présent lors de l’attentat de Maelbeeck. Je me suis rendu compte que la haine de l’autre était là, et qu’elle pouvait amener à tuer. A peu près à la même période, je suis allé au Sénégal. Dans un village où des personnes de confessions opposées vivaient ensemble de manière très naturelle. Je me suis alors demandé, comment eux arrivent à vivre normalement et pas nous ? C’est de là que m’est venue l’idée de partir en quête d’histoires inspirantes, de gens qui voulaient faire le pas vers l’autre. 

 

-Qu’est-ce que le « faire-ensemble » dont vous parlez tant dans ce film ?

Je vais reprendre une idée d’Amin Maalouf (écrivain et membre de l’Académie Française présent dans le film). Le monde ne va pas se déglobaliser, on va aller de plus en plus vers une mixité. Que ce soit dans la religion, dans la langue ou la couleur de peau. Donc la question n’est pas de savoir si on va vivre ensemble, mais plutôt comment allons-nous vivre ensemble. Et pour moi, il n’y a pas d’autre issue que le faire-ensemble. C’est-à-dire qu’il faut dépasser le replie identitaire et communautaire dans lequel on essaie de nous enfermer.

 

-Vous avez pris la décision de suivre des personnes avec des vies complètement opposées et qui ont eu parfois des histoires bouleversantes. L’un d’eux est notamment rescapé des camps de concentration en Bosnie. Pourquoi de tels choix ?

Il me fallait des histoires qui puissent illustrer les quatre chapitres du film. Le premier chapitre étant de dépasser la victimisation. Si on reste dans un stade de victime, on finira par chercher la vengeance et il sera difficile de se reconstruire. Dès qu’on dépasse ce stade de victime, on parvient à avoir des idées et à faire des choses positives. Ce qui est le cas de Kemal en Bosnie. Il a travaillé sur sa résilience ,il a réussi à faire le pas vers l’autre. Alors que sa situation était dramatique. Il était donc important pour moi de raconter ce genre d’histoire.

 

-Comment est-ce que vous vous êtes senti après avoir passé des semaines avec des personnes qui « combattent » pour la diversité et l’inclusion ? Est-ce que ça change votre perception du monde ?

Évidemment, on ne rentre pas de ce genre de voyage sans être bouleversé. Quand on rencontre des personnes qui tentent de s’ouvrir à l’autre, on ne peut qu’avoir de l’espoir pour le futur. Alors après toutes ces rencontres, j’ai encore plus foi en l’humanité.

 

-Vous avez tourné entre autres en Bosnie, en Indonésie, au Liban ou encore au Sénégal. Pourquoi avoir choisi ces pays ?

Je voulais un panel de pays éloignés, que ce soit géographiquement ou culturellement. Comme certains pays qui ont connu la guerre et d’autres non. J’étais parti au départ sur une liste de 25 pays. J’ai dû revoir mes projets car je n’ai pas toujours eu les autorisations pour tourner.

 

-Pourquoi ne pas avoir tourné en France ou en Belgique, où il y a pourtant des lieux de culture et de mélange ?

C’est un choix de réalisation. On aurait pu le faire, on avait d’ailleurs différentes idées. Mais on a été guidé par notre envie de ne pas avoir d’encrage trop européen et de faire un film plus universel.

 

-Il y a un thème récurent dans votre film, c’est la construction de ponts pour la paix et la diversité, qu’est-ce que ça représente ?

C’est tout simplement se dire quel est l’élément que j’ai en commun avec une personne. Un pont, c’est justement ne pas chercher quelle est la différence avec l’autre, mais plutôt de trouver quel est le point qui va nous rassembler. Dès lors, je pourrai construire quelque chose. Le pont vient de là. L’une des protagonistes du film dit « la peur naît de l’ignorance ». Le pont sert dans ce cas-là de connaissance et d’apprentissage.

 

-Quel est le but final de ce film ?

Je suis conscient que ça ne reste qu’un film, une goutte d’eau dans l’océan. Mais je pense que l’un des buts est d’amorcer une réflexion dans la tête du spectateur face à différentes notions comme le pas vers l’autre ou l’acceptation.

 

-Pensez vous qu’après-avoir vécu dans une société où on prime souvent l’individualité, on se rapproche vers une société de partage ?

On est en permanence entre ce que j’appelle les forces du bien et les forces du mal. Et on est très souvent à 50/50. Il suffit de regarder les résultats des élections dans certains pays, la France très récemment, les États-Unis ou encore le Chili, où deux camps s’opposent. Je pense donc qu’il faut continuer de se battre pour les associations et tous ceux qui luttent pour le partage. J’ai rencontré des institutions et des personnalités politiques qui vont dans ce sens.

 

-Pourquoi avoir mis l’accent sur la religion dans ce film ?

On aurait pu développer d’autres appartenances comme les ethnies ou les genres. Mais j’ai choisi la religion, car c’est celle qui pose le plus de problème. Même dans des sociétés laïques, l’élément religieux reste très clivant. Il suffit de voir le débat entre Macron et Le Pen pour s’en rendre compte. Il ne leur a fallu que quelques minutes pour parler du port du voile. On le voit aussi lors d’accueil des réfugiés. Les Ukrainiens sont aidés en Europe et c’est génial. Mais on peut se demander pourquoi ça ne s’est pas passé de la même manière avec les réfugiés syriens ou afghans.

 

-Pourquoi avoir choisi un média comme Pepsnews pour la promo du film ?

Je trouve que PepsNews contrebalance les média traditionnels, qui eux font de l’information tournée autour de la peur. Vous donnez des informations factuelles et objectives mais qui sont positive. La recette est simple : c’est en montrant des choses positives que les gens vont vouloir s’engager dans le positif. Il y a beaucoup d’actualité de ce type dont on parle rarement ou qui n’a que très peu de visibilité. Ça devrait pourtant être une évidence, l’actualité positive doit prendre plus de place.

 

-Vous avez des projets en tête ou en cours de réalisation ?

Non rien pour le moment. Je m’occupe à temps plein de la promo de mon film. Il m’a fait dépenser beaucoup d’énergie et de temps. Alors je veux me poser, prendre le temps de réfléchir à un nouveau sujet sans m’embarquer trop vite dans une nouvelle aventure.

 

 

 

 

 

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