Accueil A la une PepsCoachs : Sophie Peters “Que nous propose ce temps suspendu ?”

PepsCoachs : Sophie Peters “Que nous propose ce temps suspendu ?”

Une crise c’est un moment où le passé n’est plus et le futur pas encore là. Il y a donc ce présent, qui, dans le cas du Covid-19, montre des situations très contrastées selon les individus. Le confinement que vit la moitié de la planète est inédit et tend un miroir grossissant à chacun d’entre nous sur ses problématiques. Une crise, qui se vit, alors, de façon très différente selon les situations de vie de chacun. Pour certains c’est presque une bénédiction de pouvoir ralentir le rythme effréné que nous imposait le monde  extérieur et y trouver un mode de vie plus proche de son rythme personnel. Ceux-là n’osent d’ailleurs pas le dire trop fort. Pour d’autres, l’actualité est chaque jour une angoisse perpétuelle dont ils ne voient pas la fin. Le stress du bouleversement à venir se fait plus vif chaque jour. Il faut apprendre à respecter les différences et singularités dans ce moment éminemment collectif.

Une épreuve, même si elle est collective, est toujours vécue de façon singulière. Et nous avons à faire “avec” ce que cette réalité nous propose.

 “Donne à l’homme un pourquoi, il peut s’accommoder de tous les comment” disait le philosophe Nietzsche. Pour traverser au mieux cette période difficile, il y a le sens que vous allez donner personnellement à ce vécu. Pas seulement au travail. Cela peut être dans vos liens familiaux, dans vos désirs, vos besoins, vos façons de vous comporter, de composer avec la réalité. Il est important que vous puissiez clarifier votre intention de vie dans cette période pour ne pas avoir à la subir. Même dans la contrainte, ce qui sauve un être humain -et on le sait pour avoir études et témoignages de personnes qui ont vécu en captivité- c’est le sens et l’intention qu’il mettra dans ce moment de vie en lui donnant un espace vital de liberté psychique. Autrement dit, restez actifs de l’intérieur. Au risque sinon de vous laisser envahir par le stress, vous savez, ce moment où vous pensez que vous ne disposez pas des ressources nécessaires pour faire face à toutes vos contraintes.

Car que nous propose ce temps suspendu ? Que nous invite-t-il à regarder? Et pourquoi un nouveau regard ?

Les êtres humains se transforment par leur vécu. Il ne suffit pas de savoir que nous vivons une crise sanitaire, une crise écologique, une crise économique. Il faut la vivre dans la durée. Tout enseignement se fait dans la durée. 

De nouveaux désirs vont émerger dans nos modes de vie, de consommation, dans nos façons d’échanger et d’être en liens. La question qui se pose à chacun : sommes-nous prêts à nous engager dans cette transformation ? Ou voudrons-nous, vite, vite, reprendre nos habitudes, notre connu ? Car tout est questionné : notre rapport au temps, à nos proches, nos familles, au travail bien entendu, à la santé, à la consommation, à la politique. 

On découvre que, non, nous ne sommes pas égoïstes, que nous sommes même altruistes. Partout se créent de nouvelles solidarités. Nous découvrons qu’il nous faut tenir tout en lâchant prise (quel paradoxe étonnant et détonnant), que notre patience et notre confiance sont durement mises à l’épreuve.

Souvenez-vous qu’une crise est un formidable levier de croissance. Elle permet de réduire la distance entre ce que l’on sait et ce que l’on fait. Elle dit que le passé est mort et le futur pas encore né. Elle réclame un travail en profondeur sur nos représentations. Celle-ci, en outre, nous propose de ne plus accuser le système, les uns ou les autres sans être complices de ces vieux schémas. 

 Voila, en partie, ce que, chacun d’entre nous, pouvons accompagner pour devenir les artisans de cette transformation.

 Et je voudrai vous quitter avec quelques mots du poète Rainer Maria Rilke, tirés  des Lettres à un jeune poète :

“Essayez d’aimer vos questions elles-mêmes…ne cherchez pas…des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne saurez pas…les vivre. Et il s’agit précisément de tout vivre. Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être simplement…finirez-vous par entrer insensiblement un jour dans les réponses. L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux”.

C’est ce que je vous souhaite de développer, cette tranquillité et cette humilité de l’âme, cette attente féconde, comme celle du Printemps qui prépare l’arrivée d’un nouvel été.

Sophie Péters, coach et psychanalyste, répon