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Richard Charest : « L’artiste se réinvente en permanence car la créativité émerge du doute »

La Covid-19 a déclenché une pandémie mondiale qui se double d’une crise économique d’une grande ampleur. Cette période difficile génère de profondes incertitudes, et ce d’autant plus qu’il n’y a aucune visibilité concernant un possible retour à la normale.

Pourtant, cette situation est loin d’être inédite : depuis des siècles, l’Humanité a toujours dû faire face à de profonds bouleversements (guerres, famines, maladies…).

C’est donc autour de soi, ici et maintenant, qu’il faut chercher la source d’une reconstruction intérieure : un sourire, un regard, une musique, un livre…

Dans ce contexte, le monde artistique est un précieux allié pour apprendre à faire ressortir toutes les émotions et à réaliser un précieux travail sur soi.

Pour l’auteur-compositeur-interprète Richard Charest, très connu pour son rôle du poète Gringoire dans la célèbre comédie musicale Notre-Dame de Paris (notamment en Corée, en Russie, en Chine, à Taiwan et au Japon), c’est une évidence : les artistes et les acteurs de la culture, comme les grands sportifs, apprennent à développer des qualités qui leur permettent de surmonter tous les obstacles.

Né à Québec (Canada) le 14 octobre 1970, Richard a foulé quelques-unes des plus belles scènes de la planète, lancé un album solo (« Blues Occidental » chez BMG, mais aussi écrit et composé pour des artistes de renom (Michel Fugain, Lââm, Jonathan Cerrada, Isabelle Boulay). Il a signé, en 2004, la conception, la direction artistique et la coréalisation de l’album « Le Cœur des Femmes » (EMI) regroupant 36 des plus belles voix féminines de la francophonie (Lara FABIAN, Maurane, Juliette GRECO, etc.). Enfin, après Notre-Dame de Paris, Richard a participé à des comédies musicales majeures : Rabbi Jacob (mis en scène par Patrick Timsit), Il était une fois Joe Dassin (écrit et mis en scène par Christophe Barratier).

L’art comme déclencheur de résilience et de créativité

L’artiste a-t-il une mission envers l’humain ? Il y a en tout cas une certitude : les artistes apprennent à porter un regard différent sur les autres.

« Nous mettons en exergue des personnages, des scènes retraçant des expériences, des moments déjà vécus par le spectateur…. C’est notre vision particulière qui nous pousse à créer à travers l’écriture, la danse, la musique. L’artiste se réinvente en permanence, doute, et c’est dans cet état qu’il compose.

Nous nous identifions aux personnalités que nous décrivons, ce qui nous amène à revivre des émotions fortes. »

Cette démarche particulière va, comme chez le thérapeute, donner naissance à certains réflexes et favoriser l’introspection.

«  L’intensité de certains moments revécus peut aboutir à des prises de conscience sur notre propre histoire. Elle peut en effet faire écho avec que qui a été vu dans un film ou entendu dans une chanson. »

 

S’appuyer sur les belles rencontres pour donner naissance à de nouveaux projets

Chez un artiste comme Richard, le sens de l’observation est une qualité qui peut donner naissance à des collaborations fructueuses.

Ainsi, il s’est nourri de sa complicité avec son collègue et ami Nikola Parienty, avec qui il partageait la même loge pendant la comédie musicale Rabbi Jacob, pour créer un nouveau spectacle : la pièce de théâtre « 17 fois Maximilien ».

Dans cette pièce très originale, avec une mise en scène tout en subtilité qui mêle humour et authenticité, Richard abord un thème fort : les objectifs et les souffrances conduisant une personne à consulter un psychologue chaque semaine.

Un sujet dans lequel le public s’est reconnu, puisque « 17 fois Maximilien » a remporté un franc succès.

Devenir le narrateur de notre propre histoire

Richard aurait rêvé de faire une carrière sportive pour aller toujours plus loin dans le dépassement de soi. Finalement, c’est dans les arts et la culture qu’il décide d’assouvir cette envie de relever des défis et de sortir de sa zone de confort.

« J’ai choisi d’être à l’écoute de ma sensibilité. C’est elle qui a affiné ma passion artistique, très liée à la musique et à l’écriture. A 9 ou 10 ans, je créais déjà des poèmes. »

Pour Richard, la performance n’est ainsi que le fruit d’un haut degré d’exigence et d’une autre façon d’envisager l’existence.

« Je suis le narrateur de ma propre vie, ce qui me rend responsable de mes choix. Se poser des questions est positif : il s’agit d’apprendre à mieux se connaître, à cerner ses limites, pour découvrir comment gérer les émotions quels que soient les aléas de la vie. »

En tant qu’artiste réalisant un métier qu’il aime, Richard compose avec ces différents éléments, porté par l’immense respect qu’il a pour le public.

Son moteur : permettre aux spectateurs de s’identifier au personnage, au tableau représenté. Par exemple, lorsqu’il a incarné Gringoire dans Notre-Dame de Paris, Richard a insufflé à ce personnage un petit côté « Pierre Richard »,  un délicat mélange de tendresse et de maladresse. Il voulait apporter une note de douceur à cette œuvre plutôt sombre, dans laquelle Gringoire est condamné à subir, ne sachant jamais comment va évoluer la situation.

Exprimer son état d’âme pour aller vers un mieux-être

Parce que dire son ressenti permet d’avancer vers un réel mieux-être, Richard a beaucoup de projets pour 2021 et 2022 qui vont dans ce sens.

Il prépare notamment un spectacle musical sur Eléphant Man avec Daniel Lavoie, et un autre sur Rimbaud, un poète avec qu’il affectionne.

Pour les lecteurs du magazine « Soyons zen et plus encore », Richard a choisi un poème de jeunesse de Rimbaud qui le touche particulièrement. Dans ce texte, le poète est en mission, il cherche la voie… Cette phase d’expérimentation, de la quête d’identité, rencontre un fort écho chez Richard, puisque son projet en est à ce stade.

« C’est le poème de l’errance, le poème de l’ailleurs, de l’espace et de la liberté . Rimbaud est cavaleur, vagabond céleste qui prend vie. La forme du sonnet est stricte mais déjà Rimbaud se permet des libertés de structure. C’est la fuite en avant, mais le poète se laisse guider par la vie, les ombres et les étoiles…

« Mon auberge était à la grande ourse » : ce vers me bouleverse. Partout où je me trouve sur la planète, la nuit venue, je cherche la Grande Ourse du regard de façon à rester connecté à mon projet, mon objectif . Je reste connecté à Rimbaud. »

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

 

En attendant que ces beaux projets se concrétise, Richard Charest travaille à une autre actualité : il démarre actuellement les répétitions pour reprendre le rôle de Gringoire dans Notre-Dame de Paris. Le spectacle sera joué à Séoul (Corée du Sud) jusqu’en mars 2021.

 

Actualité de Richard Charest

Au moment où Soraya Dulorme a rencontré Richard Charest,  il démarrait ses répétitions pour Notre-Dame de Paris dans laquelle il interprétera le rôle de Gringoire à Taiwan) jusqu’ au 6 juin 2021

« Nous souhaitons une belle réussite à richard Charest, un artiste au grand cœur et talentueux. Son sens de la créativité, et de l’observation, sa ténacité et son amour pour l’être humain font de lui un artiste authentique qui bouleverse d’émotions les spectateurs. Nous attendons avec impatience ces nouveaux spectacles. »

 

Propos recueillis par Soraya Dulorme
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