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“Vive la République “: L’édito positif de Laurent Kupferman

Essayiste et chroniqueur littéraire,  Laurent Kupferman est le co-auteur, avec Jean Louis Debré , de “3 minutes pour comprendre l’Histoire, les fondements et les principes de la République française” aux Editons “Le Courier du Livre”

Le monde contemporain, avec son cortège de fléaux (guerre, attentats, crise économique durable, climat déréglé) est devenu anxiogène pour beaucoup de nos concitoyens. Dans de telles circonstances, il est bon de se rassembler, de faire unité autour de notre histoire, de nos principes et valeurs.

La réaction spontanée des citoyennes et des citoyens lors de l’attentat contre Charlie Hebdo a montré, notamment, le besoin de repères partagés, qui s’est traduit par un très émouvant rassemblement place de la République. Sans qu’aucun rappel n’ait été sonné, bravant car oubliant le risque d’une réplique terroriste, nous avons été des milliers à nous retrouver à Paris, ou en régions, place de la République, pour marquer notre unité face au péril qui frappait notre pays. Pourquoi pas la Bastille, pourquoi pas la Nation ? Il n’y a pas d’explications autre que cet instinct spontanément manifesté, qui a montré l’attachement viscéral de nos compatriotes à Marianne. Les couplets de la Marseillaise, notre hymne national depuis 1879, n’ont probablement jamais été aussi bien chantés, hormis peut- être à la Libération de Paris, dernier grand rassemblement de cette ampleur.

Ignorant les prophètes du post-modernisme qui jettent le Républicanisme et les Lumières dans les oubliettes de l’Histoire, nos concitoyens ont rendu le plus bel hommage à cette République que nos hommes et femmes politiques avaient un peu délaissée.

Mais d’où vient-elle cette République ? Elle trouve bien sûr son origine dans la Révolution française de 1789, mais il faut attendre la moitié du XIXe siècle, pour qu’elle s’installe progressivement en France. La deuxième tentative de 1848 sera féconde d’un point de vue des libertés individuelles, publiques et politiques puisqu’elle consacre notamment l’abolition de l’esclavage et l’avènement du suffrage universel masculin. Mais elle sera brève, puisque quatre années à avoir peine été élu Président de la République en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte la transforme pour la dernière fois, en monarchie. Le 4 septembre 1870, Napoléon III tombe du Trône après avoir entrainé la France dans un conflit avec la Prusse qui laisse de profondes traces dans l’inconscient collectif, notamment un désir de revanche sur le vainqueur, la future Allemagne. Il faut souligner que l’Empereur Guillaume II a, très maladroitement, profité de la victoire pour proclamer la naissance de l’Empire allemand dans la Galerie des Glaces à Versailles. Cette humiliation marque le début d’un sentiment nationaliste, revanchiste et antiallemand que la jeune IIIe République ne pourra totalement contrôler. Elle laisse néanmoins en place la trame humaniste qui sera consacrée, une fois terminé le deuxième conflit mondial et son cortège tragique de barbarie.

La République puise, aussi, ses racines dans une autre Révolution que celle de 1789 : la Révolution industrielle, qui modifie en profondeur l’économie mondiale, apportant un accroissement des richesses mais aussi des inégalités. Marianne s’empare, d’abord timidement, à partir de 1848, de la question sociale pour enfin trouver une voie singulière en 1946. Les valeurs nouvelles actées dans le magnifique préambule de la Constitution de 1946, qui fonde la IVe République, que sont l’égalité entre les hommes et les femmes, les droits économiques et sociaux s’ajoutent donc aux droits politiques. Ces droits fondamentaux prennent une envergure considérable avec la signature, à Paris en décembre 1948, de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

On pourrait regretter que, quelques mois plus tôt en mars 1948, le monde passe à côté d’un développement économique plus éthique en ne ratifiant pas la Charte de la Havane. Celle-ci prévoyait, en effet, une Organisation du Commerce sous l’égide des Nations-Unies ayant pour finalité le plein-emploi et le respect des ressources. Ainsi va l’Histoire au gré des changements de majorité politique.

La République imagine, met en place et développe des outils sociétaux qui s’appuient sur un profond désir humaniste : celui d’émanciper les citoyennes et les citoyens, non pas pour les couper de leur histoire, de leur racine, mais de leur donner les moyens d’échapper autant que faire se peut à un avenir que la destinée aurait lié au hasard de la naissance. Il ne s’agit pas, comme dans les idéologies nées au XIXe siècle – le marxisme ou le libéralisme économique, de « pensée magique ». La République française n’est pas plus collectiviste qu’elle ne prône l’individualisme. Rationaliste et transpartisane, Marianne prône la solidarité plutôt que la charité, et son propos est, seulement – peut-on-dire ? – de donner les moyens à chacune et chacun de se réaliser en offrant l’éducation, laïque, gratuite et obligatoire, et la protection contre les accidents de la vie que sont la maladie, les accidents du travail et la perte d’emploi notamment. Quant aux lois sur la liberté absolue de conscience- de 1879 à 1905- elles sont un marqueur puissant de la République française. On en extraira l’essence dans la magnifique définition de Ferdinand Buisson, co-Prix Nobel de la Paix en 1927, que nous pourrions méditer à bon escient, plutôt que de nous enfermer dans d’infécondes querelles sémantiques :

 

« Le premier devoir d’une République est de faire des républicains ; et l’on ne fait pas un républicain comme on fait un catholique. Pour faire un catholique, il suffit de lui imposer la vérité toute faite. Le maître a parlé, le fidèle répète. Il a été dit un catholique ; mais on pourrait tout aussi bien dire un protestant ou un croyant quelconque…

Pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain si petit et si humble qu’il soit (un enfant, un adolescent, l’homme le plus inculte, le travailleur le plus accablé par l’excès de travail) et lui donner l’idée qu’il peut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef quel qu’il soit, temporel ou spirituel. »

 

On ne saurait mieux dire, hormis vivent la Liberté, l’Égalité, la Solidarité, la Laïcité, la Fraternité ou en trois mots : « Vive la République ! ».  

 

Laurent Kupferman

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